Affrontement Iran-Israël : comment Téhéran a perdu sa partie d’échecs


Dans la nuit du 13 avril au 14 avril, plus de 300 drones et missiles iraniens ont parcouru plus de 1 000 kilomètres pour tenter d’atteindre Israël. Alors que depuis 1979 elle appelle à la destruction du pays, pour la première fois la République islamique d’Iran a mené une attaque d’ampleur à visage découvert conduisant l’ensemble de la région au bord du “précipice” selon Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU.

Un coup audacieux qui s’est in fine révélé un échec pour le régime des mollahs, tant sur le plan militaire que politique. En effet, 99 % de ces tirs mortels ont été interceptés. Le Dôme de fer, système de défense aérienne, a démontré l’efficacité et l’avance technologique israélienne. Sur le plan politique, l’Etat hébreu a pu compter sur les soutiens des Occidentaux pour intercepter les engins. L’allié américain, de plus en plus critique quant à l’intervention militaire menée à Gaza, a réitéré son engagement “inébranlable” pour “la sécurité d’Israël”. Des déclarations qui se traduiront prochainement par de nouvelles sanctions contre la République islamique.

Mais au-delà de la réaction occidentale, c’est davantage celle des acteurs régionaux qui font figure de tournant majeur. Après six mois d’isolement total et de tensions diplomatiques extrêmes, Israël vient de bénéficier de soutiens régionaux inattendus dans un tel contexte ! En effet, l’aviation jordanienne aurait détruit jusqu’à 20 % des engins iraniens. Si officiellement la Jordanie a défendu son espace aérien, elle a de facto protégé la sécurité de son voisin. De la même manière, des sources américaines indiquent que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis auraient fourni du renseignement et donc là aussi participé à la défense d’Israël.

“L’Orient compliqué”

Des interventions qui viennent rappeler un fait majeur : le sujet le plus important de compréhension de “l’Orient compliqué”, c’est la haine multiséculaire qui oppose au sein du monde musulman les sunnites ultramajoritaires aux chiites dont les ayatollahs iraniens sont les premiers défenseurs dans le monde. La normalisation historique des relations entre les monarchies sunnites et Tel-Aviv entamée en septembre 2020 avec la signature des accords d’Abraham était en train de bouleverser la donne. Après l’Egypte en 1979, les Emirats arabes unis, Bahreïn, mais aussi le Soudan, le Maroc et, à quelques semaines près, l’Arabie saoudite avaient rétabli un dialogue diplomatique et économique remarquable avec Israël. Des rapprochements stratégiques fondés sur des intérêts économiques mais aussi sur une menace commune : l’Iran chiite, qui poursuit ses programmes nucléaire et balistique et a progressivement structuré l’émergence d’un “croissant chiite” regroupant Iran, Syrie, Irak et Liban. Un arc auquel il convient d’ajouter les “proxys” iraniens comme le Hamas, le Hezbollah ou encore les Houthis du Yémen.

La tragédie du 7 octobre perpétrée par le Hamas, financé et armé par l’Iran, y a mis un coup d’arrêt. On ne le dit pas assez : le premier bénéficiaire de ces atrocités, c’est l’Iran chiite. “Nous soutenons cette fière opération déluge d’Al-Aqsa”, déclarait le jour même le général des Gardiens de la révolution. En se présentant à la fois comme l’ennemi d’Israël et le défenseur de la Palestine, Téhéran instrumentalise la question palestinienne (pourtant sunnite) à son avantage. Mettre un terme – au moins provisoire – au processus d’Abraham tout en affichant sa haine viscérale pour Israël afin de dissimuler que son vrai combat est contre les sunnites, voilà une partie d’échecs promptement menée par les mollahs.

Sauf qu’en affichant une grande fermeté vis-à-vis de l’Iran, les pays du Golfe ont clairement fixé la ligne rouge. L’Iran a d’ailleurs vite compris le message et baissé pavillon, tandis que la réplique présumée d’Israël habilement dosée a fini le travail. L’Iran, en intervenant directement, a fait le coup de trop et offerts aux acteurs d’Abraham une belle occasion de renouer un début de dialogue. L’Orient reste compliqué mais, sur ce sujet au moins, il y aura eu un tout petit coin de soleil pour les partisans d’un nouvel équilibre entre les trois grandes forces de la région.

Jean-François Copé, ancien ministre, maire (LR) de Meaux




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