Les Américains auraient-ils mieux compris la pensée de Foucault que les Français ?


La scène se déroule en octobre 1980. “Invité par le Comité des Howison Lectures de Berkeley (Californie) à prononcer deux conférences sur “Truth and Subjectivity” (vérité et subjectivité), 800 personnes s’entassent dans le Wheeler Hall pour écouter Foucault parler des débuts de la confession chrétienne, tandis que 700 autres manifestent à l’extérieur pour entrer. Pour la première fois depuis les années 1970, la police devait réintervenir sur le campus”, peut-on lire dans la chronologie des Dits et Écrits (Quarto) de Michel Foucault.

A l’instar d’autres grands penseurs français, tels Jacques Derrida, Pierre Bourdieu ou Gilles Deleuze, Foucault est alors une star outre-Atlantique, où, de 1970 jusqu’à sa mort, il effectuera plus d’une dizaine de séjours. Il y enseigne un peu partout, la plupart du temps en anglais, à l’université de Buffalo, à la New York University, à l’université de Berkeley, qui deviendra “sa résidence secondaire intellectuelle”. Et c’est en anglais, au début des années 1980, que sont publiés les premiers essais importants sur son œuvre, signés A. Sheridan ou encore Dreyfus et Rabinow.

Les Américains auraient-ils plus apprécié et mieux compris la pensée de Foucault que les Français ? L’historien américain Michael C. Behrent le pense, qui explique dans Michel Foucault : L’homme et l’œuvre. Héritage et bilan critique (Ed. Sciences humaines, dirigé par Héloïse Lhérété) que le Foucault anglo-saxon nous offre une boîte à outils pour nous affranchir des pouvoirs disciplinaires et normalisateurs, tandis que le Foucault français est “féru de surréalisme, obsédé par la mort, la folie et la transgression”.

Aujourd’hui encore, en cette année du 40e anniversaire de sa mort, les Etats-Unis continuent de tracer la route, qui viennent d’organiser, ces 18 et 19 avril, en l’Université Rice (Houston, Texas), une conférence internationale explorant l’héritage de Michel Foucault. Parmi les spécialistes invités à reconsidérer l’influence vitale du philosophe dans les domaines académique et culturel depuis sa mort, en 1984, un Français (ouf !), Philippe Chevallier, philosophe, chercheur à la BnF (et collaborateur de L’Express), dont les éditions de l’ENS viennent de rééditer Foucault et le christianisme, unlivre qui propose la première synthèse de l’ensemble des lectures chrétiennes de Foucault, d’Histoire de la folie au grand livre posthume Les aveux de la chair.

A noter aussi, les parutions, en février, chez Vrin, de son mémoire d’étude sur Hegel et celle, le 31 mai, coéditée par Le Seuil/EHESS d’un recueil d’inédits Nietzsche : cours, conférences et travaux, par Michel Foucault, tirés des archives du fonds Foucault à la Bibliothèque nationale de France ; et, enfin, tout de même, une “soirée exceptionnelle” organisée par ces mêmes éditions, le lundi 10 juinau Collège des Bernardins, à Paris.




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