Aide des Etats-Unis à l’Ukraine : le trumpiste Mike Johnson en payera-t-il le prix ?


Beaucoup d’attentes pesaient sur les épaules d’un homme. Visage poupin, chevelure poivre et sel et montures épaisses sur le nez, le chef de la chambre des représentants, Mike Johnson, a permis à Kiev de respirer un peu. Samedi 30 avril, une nouvelle aide de 60,8 milliards de dollars à l’Ukraine a été adoptée par l’hémicycle américain. “Pour le dire franchement : je préfère envoyer des munitions qu’envoyer nos garçons se battre”, a plaidé l’élu républicain de 51 ans devant les journalistes. Or il y a encore quelques jours, le “speaker”, partisan d’une certaine orthodoxie budgétaire, se montrait très sceptique sur ces milliards envoyés par les Etats-Unis, face à un conflit qui s’enlise.

Ce changement de braquet a sans doute pris de court le candidat républicain Donald Trump, qui lui avait donné sa bénédiction pour présider ce groupe parlementaire, après la destitution surprise de Kevin McCarthy, en octobre 2023. Ultrareligieux, Mike Johnson s’affiche comme un trumpiste de la première heure. À l’instar de son mentor, il se positionne contre l’avortement – à l’origine, selon lui, d’”un holocauste américain” – et s’oppose aux diverses avancées sociétales (mariage gay, droits des LGBT..). Sur l’Ukraine, alors qu’il avait la faculté ou non de bloquer l’enveloppe voulue par Joe Biden, sa position était très scrutée – et crainte. Il aura fallu plusieurs mois de tergiversations et de multiples allers-retours de Volodymyr Zelensky pour le faire plier.

Contre toute attente, lundi 15 avril en début de soirée, cet avocat spécialiste de droit constitutionnel annonce que sa chambre examinera bien un plan d’aide pour l’Ukraine, Israël et Taïwan, auquel il apporte finalement tout son soutien. Un sérieux revers pour le camp trumpiste. Une semaine auparavant, Mike Johnson avait reçu un vote de confiance de l’ex-président, qui s’était prononcé contre un soutien accru à Kiev. À noter que des millions d’Américains partagent son opinion, selon laquelle l’Ukraine ne serait pas le combat des Etats-Unis.

Des républicains veulent le destituer

Face à la résistance de certains républicains, le “speaker” s’est donc appuyé sur les votes démocrates. Certes, Mike Johnson a fait une concession à Donald Trump, qui réclamait qu’une partie de ces fonds soient sous la forme d’un prêt – le candidat à la Maison Blanche estime que les Etats-Unis devaient “arrêter de donner de l’argent sans espérer être remboursés”. Mais cette dette est effaçable et l’enveloppe correspond quasiment aux fonds réclamés des mois plus tôt par le président Biden.

L’adoption de cette enveloppe risque de coûter cher au chef républicain : une poignée d’élus conservateurs, farouchement anti-aide à l’Ukraine, ont promis de tout faire pour destituer le “speaker”. Parmi eux la députée républicaine de Géorgie, Marjorie Taylor Greene. “Je vais laisser mes collègues rentrer chez eux et entendre leurs électeurs”, a-t-elle réagi avant de comparer Mike Johnson à un “canard boiteux”. En autorisant ce chèque à l’Ukraine, Mike Johnson prive sa famille politique d’une victoire. Pour l’instant, Donald Trump est resté silencieux, préférant se concentrer sur son procès en cours à New York.

Certains démocrates prêts à le soutenir

Mais à quelques mois des élections américaines, certains républicains pensent que le timing est mal choisi pour une nouvelle débâcle. D’autres le soutiennent, comme Marc Molinaro, député de New York. Il a déclaré à CNN qu’après avoir parlé avec ses électeurs, “il est clair pour moi qu’il y a des moments dans le temps où nous devons faire la bonne chose, et aujourd’hui nous l’avons fait.” Si un vote de destitution devait avoir lieu, certains élus démocrates ont aussi exprimé leur volonté de soutenir le “speaker” – en le récompensant essentiellement pour avoir tenu tête aux membres de son propre parti. Mais cet appui politique pourrait être de courte durée : difficile d’imaginer comment un orateur républicain pourrait compter de manière fiable sur le soutien démocrate.

Evoquant le cas de son collègue républicain, le chef démocrate Hakeem Jeffries s’est voulu philosophe, assurant qu’il faisait face à une situation “où l’on peut être soit un Churchill, soit un Chamberlain”. De son côté, le média CNN titre : “L’orateur accidentel devient un Churchill improbable.” Et poursuit : “Johnson a mis son propre emploi en péril pour défendre une nation démocratique victime d’une invasion provoquée par l’homme fort russe Vladimir Poutine et pour renforcer le leadership américain en Occident.”

Le speaker a assuré qu’il se voyait bien comme un “speaker de temps de guerre”. En attendant, Mike Johnson se promène dans les couloirs du pouvoir tranquillement, la tête haute : “J’ai fait ici ce que je crois être la bonne chose.”




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