“Premier ministre TikTok” : qui est Simon Harris, le nouveau chef du gouvernement irlandais ?


Le plus jeune Premier ministre de l’histoire de son pays, reconnu pour ses talents de communication y compris par ses opposants, mais qui arrive au pouvoir dans un contexte politique très délicat pour son parti. Toute ressemblance avec la situation politique française serait purement fortuite : il s’agit ici bien de Simon Harris, 37 ans, qui a officiellement été nommé ce mardi 9 avril nouveau chef du gouvernement de la République d’Irlande. De quoi faire de lui le plus jeune dirigeant à la table des sommets de l’Union européenne.

Membre du parti de centre-droit Fine Gael, il mènera le gouvernement de coalition à la tête du pays depuis 2020 avec l’autre parti de centre-droit, le Fianna Fall. Il remplace Leo Varadkar, qui avait démissionné en mars à la surprise générale dans un pays traversé par une importante crise du logement, mais aussi par des discussions de plus en plus intenses sur une éventuelle réunification avec l’Irlande du Nord.

“Le bébé” du Parlement

Né en 1986, Simon Harris a grandi dans une petite ville près de Dublin. Il a commencé par militer pour améliorer le sort des personnes autistes, sensibilisé à ce sujet par son frère atteint du syndrome d’Asperger. Entré dans la branche jeunesse du parti centriste du Fine Gael à l’âge de 16 ans, il est élu au Parlement dès l’âge de 24 ans, en 2011, de quoi lui valoir le surnom “Le bébé du Dail” (le nom du Parlement irlandais). Il a ensuite été nommé ministre de la Santé en 2016, à seulement 29 ans, puis ministre de l’Education supérieure, en 2020.

@simon_harristd

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Mais c’est plutôt un autre surnom qui semble désormais avoir pris le pas : le “TikTok Taoiseach” (le nom irlandais pour désigner le Premier ministre). Simon Harris s’est ainsi fait connaître par sa maîtrise des nouveaux outils de communication, en particulier durant le début de la crise du Covid-19, alors qu’il était à l’époque ministre de la Santé. Dans les premiers mois de la crise, il organise des directs sur le réseau social Instagram, sur un ton bien plus pédagogique, empathique et informel que les briefings parfois souvent négatifs, voire catastrophistes du chef du service de santé irlandais. “Quand il a commencé à faire ses lives sur Instagram, c’était vraiment amateur. Je pensais que c’était une perte de temps, raconte une source gouvernementale au journal irlandais The Irish Times. Jusqu’à un soir où je rentre chez moi, et je vois mes colocataires l’écouter sur Instagram et être suspendu à chacun de ses mots. J’ai alors réalisé l’impact qu’il avait”.

“Une nouvelle énergie”

Accusé par certains d’en faire un peu trop pour essayer de séduire les jeunes électeurs, Simon Harris a déjà annoncé ne pas vouloir changer de style. Lors de son discours après le vote des députés, celui-ci a ainsi promis d'”apporter de nouvelles idées, une nouvelle énergie” et “une nouvelle empathie à la vie publique”.

Lors de son discours au Parlement, Simon Harris a notamment promis de s’attaquer à la grave crise du logement frappant le pays. Mais aussi de se rendre dès cette semaine à Bruxelles pour confirmer la position de Dublin sur la guerre entre Israël et le Hamas, alors que l’Irlande est historiquement l’un des pays les plus pro-palestiniens dans l’UE. “Des enfants, des femmes et des hommes innocents sont affamés et massacrés”, a-t-il martelé. “Nous n’avons pas gardé le silence face aux actes terroristes impardonnables du Hamas le 7 octobre et nous ne pouvons pas garder le silence sur la réaction disproportionnée du gouvernement israélien”.

Une succession difficile

Simon Harris aura la lourde tâche de succéder à Leo Varadkar, dont la démission en mars dernier avait surpris tout le pays. Ce dernier, médecin métisse et gay, lui-même le plus jeune Premier ministre irlandais lors de sa nomination, a donné un coup de jeune à l’image de son pays, longtemps réputée très conservatrice sous l’influence de l’Eglise catholique. Il s’était également distingué par une politique d’intransigeance lors du Brexit, refusant le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, qui aurait pu remettre le feu sur l’île depuis les accords du Vendredi Saint de 1998.

Mais la popularité de Leo Varadkar s’était nettement érodée ces derniers temps. Avec en cause, notamment, un référendum en mars dernier, qui proposait de modifier les références aux femmes et à la famille dans la Constitution. Les deux amendements avaient été largement rejetés, à plus de 67 % pour celui élargissant le concept de famille au-delà de la notion de mariage, et à plus de 73 % pour celui effaçant du texte le rôle prioritaire des mères à assurer les “devoirs domestiques” dans un foyer. Un vote qui a cristallisé les mécontentements dans le pays de cinq millions d’habitants, le gouvernement étant accusé d’avoir mal préparé le terrain.

La pression dans les sondages

De quoi encore faire drastiquement baisser la popularité de son parti : le Fine Gael est aujourd’hui distancé dans les sondages par son partenaire de coalition, le Fianna Fall. Mais il est surtout plus de 10 points derrière les nationalistes de gauche du Sinn Fein, l’ancienne branche politique de l’IRA (l’Armée républicaine irlandaise), et le principal parti en faveur de l’unification en Irlande.

Le Sinn Fein… déjà au pouvoir en Irlande du Nord pour la première fois de son histoire, depuis février. La Première ministre nord-irlandaise a déjà annoncé la couleur, en prévoyant qu’un référendum de réunification se tiendrait sur l’île dans la décennie. Mais le sujet pourrait peut-être même revenir plus tôt, alors que les prochaines élections législatives en République d’Irlande doivent se tenir d’ici mars 2025.





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