La montagne en toute saison : ces stations forcées de s’adapter face au dérèglement climatique


Dévaler une piste, sentir le soleil picoter son visage, et rayer ses skis sur du gravier… Il faudra peut-être s’y habituer. L’or blanc, trésor des stations d’hiver, se fait de plus en plus rare, et son amenuisement menace sérieusement le portefeuille des vallées tricolores. “La viabilité économique d’un grand nombre de stations est d’ores et déjà fortement compromise à court terme”, alerte la Cour des comptes dans un rapport publié le 6 février dernier. La rue Cambon se base notamment sur un document de Météo-France : les projections à l’horizon 2050 indiquent une réduction de la durée d’enneigement de plusieurs semaines. Plus précisément, l’épaisseur hivernale du manteau neigeux serait ainsi réduite de 10 à 40 % en moyenne montagne.

Au total, quelque 80 des 163 stations passées au crible par les sages de la Cour présentent un degré élevé de “vulnérabilité”, notamment face au dérèglement climatique. “Statistiquement, il s’agit de stations de basse et de moyenne montagne”, précisent les sages de la rue Cambon. C’est le cas de Peyragudes, qui figure dans le classement des cinq premières stations des Pyrénées. Nichée au cœur de la Vallée du Louron, à cheval sur deux départements, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, la station compte parmi les sites touristiques d’hiver les plus menacés par le réchauffement de la planète.

Annualiser l’offre

Face à ce constat, un mot d’ordre : se réinventer. “Il faut se rendre à l’évidence, avec l’accélération dérèglement climatique, les stations ne peuvent plus compter uniquement sur le sport d’hiver”, argue Laurence de Boerio, chargée des relations presses pour N’PY, un collectif qui regroupe huit stations pyrénéennes, dont Peyragudes. D’autant que comme le rappelle la Cour des comptes, “le changement climatique a d’ores et déjà un impact significatif sur les finances publiques locales, qui ira croissant”. Exit donc, la saisonnalité. Place désormais à “la montagne toute l’année”.

“L’évolution du climat renforce notre engagement à proposer des activités toute l’année, respectueuses de ce site exceptionnel. Au-delà de l’aménagement, notre objectif est le ménagement de notre territoire”, explique Alain Naudy, le président de la Communauté de communes de la Haute Ariège. Ainsi, à l’instar d’autres sites Peyragudes et ses sept autres stations “concurrentes mais partenaires” entreprennent leur mutation vers un modèle “Quatre saisons”. Le principe ? Décliner loisirs et activités en montagne sur les différentes périodes de l’année. Ainsi, de décembre à avril, ski, snowboard et raquettes. De mai à octobre trails et randonnées, escalade. Mais également cross-country, parapente tyrolienne, quad, paintball, tir à l’arc, etc. En somme un panel d’activités qui promet de dynamiser les stations de ski délaissées par une partie de la clientèle en saison estivale.

Une stratégie payante

Non sans raison, peut-être. Car “pour que les vacanciers aient envie de venir l’été, il faut qu’ils aient à disposition une offre de services”, concède Laurence de Boerio. “Or, les restaurants d’altitude ferment en mars et ne rouvrent pas avant fin novembre”. Dès lors, pour assurer un “service minimum”, certaines stations ont fait le pari de reprendre la gérance de restaurants d’altitudes.Verdict : “pari réussi”, se réjouit Laurence de Boerio. Les vacanciers affluent et consomment.

Sur la saison printemps – été – automne 2023, le chiffre d’affaires de Peyragudes s’élève à 700 000 €. C’est sept fois plus qu’en 2018. En parallèle, le volume de nuitées réalisées a doublé entre 2018 et 2023. Avec une progression de 6 % entre 2022 et 2023. Une évolution qui ne peut donc pas être attribuée au seul effet “Covid”, souligne la Vallée du Louron. À horizon 2030, Peyragudes espère multiplier par dix l’activité hors ski qui représentait de 3 % en 2018. Mais “àl’échelle du territoire, la diversification est déjà bien en route”, se réjouit la station.

Les collectivités territoriales, principal moteur

D’autant que l’adaptation ne s’arrête pas là. Les stations du massif pyrénéens tentent également de dépoussiérer leurs remontées mécaniques, qui jusqu’à présent, ne fonctionnaient quasiment qu’en période hivernale. Désormais, plusieurs téléphériques tourneront toute l’année (ou presque). Avec en bonus : des portes VTT. Dans la vallée du Louron par exemple, la télécabine Skyvall qui relie la Haute vallée à Peyragudes, est ouverte été comme hiver, mais également en intersaisons les week-ends, et toute la semaine pendant les vacances scolaires. “Nous ne pouvons évidemment pas faire fonctionner les remontées mécaniques sept jours sur sept en hors saisons, mais nous essayons d’être présents toute l’année”.

Les stations de montagne quatre saisons. Une ambition poussée par les collectivités territoriales. En 2019, sous l’impulsion de sa présidente, Carole Delga, la région Occitanie entre au capital de la société N’Py, qui devient alors la Compagnie des Pyrénées, une entreprise à mission avec une promesse : accompagner les petites, moyennes et grandes stations face aux mutations de l’économie touristique et aux évolutions climatiques. La participation de la collectivité dans la Compagnie des Pyrénées s’élève à 25,5 %. Ce qui en fait le premier contributeur à égalité avec la caisse des dépôts et consignation. “Carole Delga a fait énormément pour que les stations de ski se réinventent, et intègrent un nouveau modèle”, souligne Laurence de Boerio. Rien de plus normal, pour une région “résolument montagnarde”, selon la formule de la présidente Delga.




Source

https://d-c-k.com   https://www.animaleries.info   -/- En recrudescence au Japon, faut-il vraiment s’inquiéter de la bactérie « mangeuse de chair » ?   Worldwide Prevalence of PsA: Meta-Analysis Sheds Light   -*- Gorafi Magazine : Vacances de Pâques – Les plus beaux bas-côtés où tomber en panne   Kentucky reportedly finalizing deal with BYU coach Mark Pope to replace John Calipari   /* */