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Aides financières, cheptel, communication… Ce que contient le plan sur l’élevage de l’exécutif


Stylo bic à la main, sourcils froncés… Le président Emmanuel Macron a pris note des doléances des agriculteurs, samedi 24 février, au Salon de l’agriculture. Et une journée aura suffi pour que le gouvernement sorte de son chapeau un grand plan sur l’élevage. L’objectif est triple : enrayer la baisse du cheptel français, alléger la fiscalité des éleveurs et améliorer l’image de la viande.

Baptisé “plan gouvernemental de reconquête de notre souveraineté sur l’élevage”, le document a été présenté ce dimanche 25 février par le ministère de l’Agriculture aux syndicats agricoles et aux interprofessions lors du Salon, a indiqué l’un des participants à cette présentation à l’AFP. L’ambition est assumée : “Nous devons produire ce que nous consommons”.

Au-delà de la baisse du nombre d’exploitations, “la rémunération des éleveurs demeure globalement plus faible que dans les autres productions agricoles malgré l’accroissement des soutiens publics, notamment de la PAC, sur la décennie passée”, souligne le document. La préparation d’un grand plan destiné à soutenir l’élevage est apparue depuis le début de la crise agricole comme une des principales revendications des syndicats du secteur.

Des avantages fiscaux et un nouveau décret

Le gouvernement, qui avait déjà présenté une série de mesures, appuie sur l’accélérateur. Parmi celles-ci figurent des avantages fiscaux et sociaux à hauteur de 150 millions d’euros pour les éleveurs bovins, un plan visant à fournir 400 millions d’euros de prêts garantis au secteur de l’élevage dès juillet, ainsi que la publication d’un décret, fin février, protégeant les dénominations utilisées pour désigner les denrées alimentaires d’origine animale. À cela s’ajoute l’obligation pour les restaurants collectifs d’intégrer dans leurs menus 100 % de produits durables et de qualité dans les familles “viandes” et “poissons”.

Autre mesure : une allocation de 30 millions d’euros par an pour soutenir l’investissement en agroéquipements contribuant à réduire significativement les gaz à effet de serre ou encore le déblocage d’une enveloppe de 15 millions d’euros pour renforcer la lutte contre la tuberculose. Il y a aussi la mise à disposition sur le site du gouvernement de supports de communication expliquant les apports positifs de l’élevage. Coût total de l’opération séduction : 3 millions d’euros.

À noter que depuis 2013, la consommation de viande ne baisse pas en France, mais a augmenté de 3 %, tirée par le poulet, selon les données de FranceAgriMer. S’il y a un changement dans les esprits, la révolution n’est pas encore passée par l’assiette. Peu importe, le gouvernement rappelle, dans son plan, que la consommation de viande ne “doit pas être stigmatisée”. Cette campagne de communication comportera un “rappel” que la viande de synthèse “ne correspond pas à notre modèle d’alimentation”. Au début du mois de février, le Premier ministre Gabriel Attal avait réclaméune “législation claire” au niveau européen sur la définition de la viande de synthèse qui, selon lui, “ne correspond pas à notre conception de l’alimentation à la française”.

Pas de baisse de cheptel à l’horizon

Autre point important : “La réduction de la taille de notre cheptel d’élevage en France n’a jamais constitué et ne saurait constituer un objectif de politique publique”, affirme le document. De quoi aller à l’encontre du rapport de la Cour des comptes publié le 22 mai dernier. Les experts notaient que pour que la France tienne ses engagements climatiques, elle devait planifier la baisse de ses cheptels bovins, qui représentaient environ 12 % de ses émissions de gaz à effet de serre. Le rapport avait provoqué un tollé dans la filière.

Déjà, à l’époque, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture était monté au créneau : “Le discours sur la décroissance forcée, portée comme politique publique, est curieux pour ne pas dire hors des réalités, quand on sait que la France n’est autosuffisante pour aucune filière animale. Serait-ce à dire que certains assumeraient de voir renforcer nos importations ?”

Même son de cloche dans ce nouveau plan pour l’élevage : “Les baisses d’émissions du secteur de l’élevage à l’horizon 2030 identifiées dans la planification écologique et qui seront reprises dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et dans la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) peuvent être atteintes sans réduire la taille du cheptel par rapport à 2023, en agissant sur les autres leviers”, comme l’alimentation animale. Un pari risqué.




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