Ukraine : le difficile décompte des Français morts depuis le début de la guerre


Le bilan des Français morts en Ukraine s’est alourdi jeudi 1er février. Deux humanitaires ont été tués lors d’une frappe sur Beryslav, petite commune située sur la rive nord du fleuve Dniepr, près de la ligne de front, a communiqué vendredi le ministère français des Affaires étrangères. Selon le Quai d’Orsay, trois autres Français ont également été blessés dans l’incident. Ils étaient en mission avec l’ONG Entraide protestante suisse (EPER). “C’est avec une grande tristesse que l’Entraide Protestante Suisse confirme la nouvelle bouleversante d’une attaque mortelle qui s’est produite hier, le jeudi 1er février, dans le sud-est de l’Ukraine”, a indiqué l’organisation dans un communiqué, précisant qu’un “groupe de collaboratrices et de collaborateurs a été attaqué vers 14 h 30 durant une intervention humanitaire”.

Quelques heures plus tard, le nouveau chef de la diplomatie français, Stéphane Séjourné, a affirmé sur X qu’ils s’agissaient bien “humanitaires français”. Ils “ont payé leur engagement auprès des Ukrainiens de leur vie”, a-t-il écrit, dénonçant la “barbarie russe”. Le président Emmanuel Macron a quant à lui dénoncé un “acte lâche et indigne”. Vendredi soir, le parquet antiterroriste (Pnat), sollicité par l’Agence France Presse, a indiqué ouvrir une enquête après la mort des deux humanitaires français.

En septembre dernier, le conseil de sécurité des Nations Unies s’était réuni à la demande de l’Équateur et de la France pour examiner la situation humanitaire en Ukraine, 21 mois après le début du conflit. “Les humanitaires n’ont pas été épargnés et l’environnement opérationnel est devenu de plus en plus dangereux à mesure que la guerre en Ukraine se poursuit”, avait déclaré Ramesh Rajasingham, directeur du Bureau de la coordination du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Le nombre de travailleurs humanitaires tués a plus que triplé, passant de 4 en 2022 à 14 en septembre 2023.

Trois journalistes français

On retrouve, parmi les victimes de cette guerre qui dure depuis presque deux ans, de nombreux journalistes. Au moins onze sont morts en couvrant ce conflit, dont trois Français, d’après un décompte de Reporter sans frontières (RSF). Le 14 mars 2022, le journaliste photographe et reporter d’images Pierre Zakrzewski meurt dans la ville d’Horenka, au nord-ouest de Kiev, quand son véhicule a été la cible de tirs. De nationalité française et irlandaise, Pierre Zakrzewski travaillait pour la chaîne américaine Fox News. Âgé de 55 ans, il vivait à Londres avec sa femme et ses enfants et était un habitué des terrains de guerre, tels l’Irak, l’Afghanistan ou encore la Syrie.

Le 9 mai 2023, le coordinateur vidéo de l’Agence France Presse meurt lors d’une attaque de roquette dans l’est de l’Ukraine, près de la ville assiégée de Bakhmout. Il était âgé de 32 ans. Une vague de sympathie avait afflué dès le lendemain de sa mort, accompagnée de messages de condoléances venant de tous les milieux. Le 14 juillet dernier, il a été décoré chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Deux semaines plus tard, le 30 mai 2023, Frédéric Leclerc-Imhoff, journaliste pour BFMTV, meurt alors qu’il suivait une mission humanitaire dans l’est de l’Ukraine. Il a été tué par un éclat d’obus lors d’un bombardement russe, selon le chef de l’administration militaire de Louhansk. Il travaillait pour BFMTV depuis six ans et effectuait alors sa deuxième mission en Ukraine, comme journaliste reporter d’images (JRI). Il a également reçu la légion d’honneur à titre posthume.

Combien de combattants ?

A ces civils s’ajoutent les décès de Français partis combattre aux côtés des Ukrainiens, notamment dans la légion internationale créée par Volodymyr Zelensky au lendemain de l’offensive russe pour rassembler les combattants étrangers. Le 1er juin 2022, Wilfried Blériot, 32 ans, originaire de Bayeux (Calvados), est le premier Français officiellement décédé sur le front ukrainien, d’après le quai d’Orsay. Quelques jours après, le 25 juin, Adrien Dugay-Leyoudec, 20 ans, membre de la même légion, succombe à ses blessures après 25 jours de coma.

En mars 2023, dans la nuit du 20 au 21, Kevin David, originaire de la région d’Angers, a été tué d’une balle à Bakhmout. Âgé de 29 ans, le jeune homme avait démissionné de son travail de chauffeur livreur et tout quitté pour aller combattre en Ukraine, selon France 3. D’après les autorités françaises, il était le sixième français tué en tant que combattant sur le front.

Mais ce décompte est particulièrement difficile à tenir compte tenu du manque d’informations sur le nombre exact de ces combattants français partis en Ukraine ou en Russie. Selon des informations du Monde, ils étaient 320 Français et résidents français à avoir rejoint les rangs de l’armée ukrainienne ou russe en juin 2023. Ce suivi est d’autant plus complexe que la Russie mène des opérations de désinformation à ce sujet. La dernière date d’ailleurs du 17 janvier 2024 : Moscou avait affirmé avoir tué une soixantaine de combattants étrangers, dont des mercenaires Français, dans le bombardement d’un bâtiment à Kharkiv. Des informations aussitôt rejetées par Paris, qui assure que des listes de “mercenaires français morts” sont massivement relayées par des activistes pro-Kremlin qui voudraient montrer une “implication croissante de Paris dans le conflit en Ukraine”.




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