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“L’Art d’être petit-fils” : à la découverte de Georges Hugo

Il y a L’Art d’être grand-père, célébré par Victor Hugo dans le recueil éponyme paru en 1877. Et il y a désormais L’Art d’être petit-fils, intitulé d’une exposition à la Maison de Victor Hugo, à Paris, qui consacre une première monographie d’envergure à Georges Hugo (1868-1925), l’unique petit-fils de l’écrivain. Un joli coup de projecteur sur celui qui fut le premier peintre d’une lignée familiale perdurant aujourd’hui. Et l’occasion de (re) découvrir une œuvre méconnue, d’explorer les liens entretenus par l’artiste avec son illustre aïeul. Orchestrée par Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey, et Alexandrine Achille, chargée de la collection photographique des lieux, c’est une rétrospective émouvante, riche de 300 pièces – dessins, peintures, clichés, manuscrits, carnets, lettres -, dont certaines issues d’archives inédites.

Drôle de personnage que ce “Petiphysse” – ainsi qu’il se nommait. Chéri par Victor Hugo, alias “Papapa”, le “petit Georges”, orphelin de père à 3 ans, dessine très tôt. De Guernesey, où il passe des heures enchanteresses chez son grand-père, il fera “un idéal”. C’est là qu’il prend ses premiers cours de peinture, aquarellant la demeure familiale de Hauteville House, croquant l’île et ses habitants à la cour royale ou au pub. Ce sont surtout ses dessins, au crayon, à l’encre ou à l’aquarelle, qui frappent par leurs lignes acérées et l’insatiable curiosité d’un gribouilleur compulsif pour ses contemporains.

Georges Hugo, “Le champ de bataille de Navarin”, 1914-1918.

Le personnage, nous apprend cet éclairage, n’est pas dépourvu de paradoxes. Georges aime fréquenter les bistrots, les théâtres, mais aussi les personnalités – hommes politiques et gens de lettres – de son époque qu’il immortalise d’un trait sarcastique, tout en nourrissant une sincère empathie pour les plus modestes : le rejeton de bonne famille choisit ainsi de faire son service militaire comme simple matelot et, des années plus tard, de santé fragile, insiste pour rejoindre le front en 1914, à près de 50 ans. On le dit aimable dilettante, à la fois timide et flambeur, discret et charmeur, amoureux passionné mais instable. Ses unions avec Pauline puis Dora, dont naîtront trois enfants, sont tumultueuses. Sa fortune dilapidée, il termine ses jours dans le dénuement, trimballant ses carnets aux Champs-Elysées, entre le café des Gaufres et la chambre qu’il loue dans un cercle de jeux, où des prostituées lui tiennent lieu de compagnie.

“Les seuls points d’ancrage dans sa vie ont sans doute été son amour de l’art et sa loyauté à Victor Hugo”, souligne Gérard Audinet, qui pointe le dilemme, omniprésent chez celui qui “semble déchiré entre sa vénération pour Victor Hugo et sa vocation artistique par laquelle il craint de ternir la mémoire du poète”. Georges a 16 ans quand il conduit, le 1er juin 1885, le cortège de Victor au Panthéon. Dès lors, il s’institue gardien du temple, lui dédiant un ouvrage, Mon grand-père (1902), défendant bec et ongles l’auteur des Misérables au cours de polémiques posthumes, s’acharnant à transformer Hauteville House en musée et contribuant par des dons successifs à la création de son pendant parisien, place des Vosges.

Sa foisonnante production artistique n’est révélée au public qu’après la Grande Guerre, quand, en 1920, le musée des Arts décoratifs expose ses peintures, essentiellement de paysages, et ses esquisses sociétales, précieux témoignages du quotidien des poilus ou chroniques proustiennes de son temps. Peu à peu retombé dans l’oubli, il reste, comme l’écrivit le critique Raymond Schwab, l’un de ceux “pour qui leur art n’est qu’un moyen de multiplier le goût qu’ils prennent au spectacle du monde”.




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