Taïwan : TikTok, l’arme de la Chine pour tenter d’influencer les élections

Entre les clips de danse et les mèmes parodiques, un flot ininterrompu de vidéos politiques inonde le réseau social chinois TikTok à Taïwan, à moins de deux mois d’une élection présidentielle cruciale, le 13 janvier, sur fond de fortes tensions avec Pékin. Un grand nombre d’entre elles critiquent le gouvernement taïwanais. L’une accuse le Parti démocrate progressiste (DPP, en anglais), au pouvoir depuis 2016, d’être corrompu ; l’autre, de ne pas respecter le peuple ; une autre encore martèle que voter pour cette formation mène nécessairement à la guerre avec la Chine.

A priori, rien de bien inquiétant sur cette île qui respecte la liberté d’expression. Sauf que nombre de ces clips qui envahissent l’application – reconnaissables à leur accent et aux caractères simplifiés utilisés en Chine continentale – proviennent de médias et d’influenceurs chinois. En plus d’essayer de décrédibiliser l’exécutif taïwanais, ils chantent les louanges du régime communiste. Certains, par exemple, font la promotion des dernières mesures mises en place par les autorités chinoises pour inciter les Taïwanais à s’installer dans la province du Fujian, dont beaucoup d’habitants de l’île, située juste en face, sont originaires.

La confiance dans les institutions menacée

Ces vidéos, qui proviennent parfois directement de la télévision chinoise, inquiètent vivement les autorités taïwanaises. “J’ai peur que la désinformation dégrade la confiance en nos institutions et polarise encore plus notre société, confie Vincent Chao, conseiller municipal de la ville de Taipei, et porte-parole du candidat DPP à la présidentielle, l’actuel vice-président William Lai, cible de nombreuses attaques en ligne. Mais, dans un pays démocratique, comment faire pour répondre à cela sans compromettre nos idéaux ?”

La Chine populaire ne cache pas son ambition d’intégrer l’île à son territoire. Le président chinois Xi Jinping répète à l’envi son souhait de “réunification”, par la force si nécessaire. Mais, dans un premier temps, Pékin espère inciter la population taïwanaise à se rapprocher d’elle-même du continent, en rejetant le DPP, dont une frange est indépendantiste – William Lai s’est lui-même présenté en 2017 comme un “travailleur pragmatique pour l’indépendance de Taïwan”. Pékin a d’ailleurs rompu tout dialogue avec Taipei depuis l’élection de la présidente Tsai Ing-wen en 2016, même si cette dernière s’est toujours montrée prudente sur ce sujet.

Sur l’île de 24 millions d’habitants, TikTok, qui compte 4,2 millions d’utilisateurs, dont 40 % de jeunes adultes, n’atteint pas encore la popularité de YouTube, Instagram ou Facebook. Mais les liens de l’application avec le gouvernement chinois ainsi que son développement fulgurant créent une forte méfiance. L’an dernier, le FBI a qualifié l’application de menace pour la sécurité nationale américaine. Sur ses gardes, le gouvernement taïwanais a interdit l’usage de TikTok sur les portables professionnels des employés du gouvernement.

Propagation rapide des fake news

“La désinformation chinoise cible l’ensemble des institutions gouvernementales et législatives taïwanaises”, pointe Chien Yu-yen, auteur d’un livre sur l’infiltration chinoise à Taïwan et proche du DPP. Nombre de fake news visent à saper la confiance des Taïwanais dans l’allié américain et dans sa volonté de défendre l’île en cas d’attaque chinoise. En témoigne cet épisode récent : en mai dernier, le député américain Seth Moulton, qui réfléchit à des tactiques de dissuasion, suggère, parmi d’autres idées, de lancer cet avertissement à la Chine :si elle attaquait Taïwan, l’Amérique bombarderait l’entreprise de semi-conducteurs TSMC, la plus stratégique du pays. Les médias chinois amplifient à toute vitesse l’information, affirmant que ces propos ont également été tenus par la secrétaire au Trésor américain, Janet Yellen – ce qui est faux. “Le Parti communiste chinois [PCC] a amputé mes commentaires, les a diffusés sur les réseaux sociaux afin d’affaiblir le partenariat entre Taïwan et les Etats-Unis, a réagi le parlementaire. C’était seulement un exemple.”

“C’est un sujet de plus en plus sérieux”, soutient la spécialiste Chien Yu-yen, l’air grave. “Par le passé, les fake news étaient véhiculées par des businessmen ou des politiciens taïwanais qui ont des liens sur l’autre rive. Aujourd’hui, plus besoin d’eux, la nouvelle concernant TSMC est passée directement de la télévision publique chinoise à TikTok. En une demi-journée, elle s’est propagée sur la télévision taïwanaise et les réseaux sociaux taïwanais.”

Chez les jeunes taïwanais, l’application chinoise “n’inspire pas confiance”, indique toutefois Chang Yuan-ting, une jeune professeure dans un lycée de la ville de Tainan, sur la côte sud-ouest. Ils assurent la regarder surtout pour des conseils de mode ou du divertissement, mais pas pour se forger une opinion. “Je ne pense pas que TikTok ou d’autres réseaux sociaux soient de bons moyens de s’informer sur la politique”, témoigne Huang Li-ting, une vidéaste de 24 ans qui préfère consulter des médias internationaux.

“La Chine a infiltré Taïwan culturellement”

Reste que l’influence chinoise se diffuse inexorablement. Chang Yuan-ting, 29 ans, admet que ses élèves utilisent de plus en plus des mots typiques du continent. “On rigole parfois en se disant que ce n’est pas bien. Mais, autour de moi, presque tout le monde le fait, même mes parents, car la Chine a infiltré Taïwan culturellement, via les réseaux sociaux”, raconte-t-elle. Et ce, d’autant plus facilement que la Chine et Taïwan partagent la même langue, et certains éléments culturels. “On s’autorise souvent à regarder des séries chinoises, à écouter des musiques venues du continent”, précise Yuan-ting.

“Plus l’élection approche, plus je crains que les Chinois nous submergent de vidéos nous incitant à voter pour leur candidat préféré”, se désole Stacy Liu. Bien qu’elle n’utilise pas TikTok, cette trentenaire reçoit des dizaines de vidéos chinoises issues de l’application via d’autres réseaux sociaux comme WhatsApp, Instagram, ou l’application de messagerie la plus utilisée à Taïwan, Line, le plus souvent en provenance de ses parents. “Pour l’instant, ce ne sont que des chansons ou des histoires personnelles, mais ils croient dur comme fer tout ce qu’ils voient sur les réseaux”, s’inquiète-t-elle.

Lors de la dernière élection présidentielle taïwanaise, en 2020, le DPP avait subi une vague violente de désinformation. Mais l’offensive n’avait pas porté ses fruits. La reprise en main drastique de Hongkong par Pékin, fin 2019, au moment où la campagne battait son plein sur l’île, avait sapé la confiance de nombre de Taïwanais dans le PCC et facilité la réélection de la présidente Tsai Ing-wen.

L’offensive médiatique devrait s’accélérer dans les prochaines semaines. “Il n’y a aucune raison de s’attendre à ce que ce soit différent en 2024”, souligne Vincent Chao, convaincu d’une l’influence chinoise directe sur l’opinion publique taïwanaise, même s’il admet qu’il est difficile de savoir d’où vient précisément la désinformation. A Taïwan, de nombreux politiciens de l’opposition nourrissent un discours conciliant envers la Chine communiste sans forcément être directement approchés par Pékin.

En 2022, un sondage de l’Academia Sinica, un centre de recherche taïwanais, indiquait que seules 9 % des personnes interrogées considéraient la Chine comme un pays “fiable”. Malgré les nombreux articles et vidéos dénigrant le DPP, son candidat, William Lai, reste pour le moment en tête des sondages. Mais la possible alliance de deux candidats d’opposition et le rythme croissant de la désinformation pourraient changer la donne.




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