Philippe Sollers, un héritage littéraire qui pose question


Le 9 octobre 2014, apprenant que le prix Nobel de littérature revenait à Patrick Modiano, nous étions allés avec François-Henri Désérable vivre l’événement en direct, chez Gallimard. Dans la rue, c’était l’agitation des grands jours : des tas de journalistes se pressaient, attendant l’arrivée de l’heureux lauréat. A un moment, une voiture noire aux vitres teintées avait fait son apparition au bout de la rue. Elle avait roulé très lentement, avant de se garer pile devant Gallimard. Enfin arrivait Modiano ! Sauf que ce n’était pas lui qui était sorti du taxi, c’était Philippe Sollers. Déçus, les journalistes avaient tourné le dos comme s’il ne s’agissait que d’un quidam.

La scène avait quelque chose de crépusculaire. Sollers aura vu Jean d’Ormesson entrer dans la Pléiade ; et Le Clézio, Modiano et Annie Ernaux recevoir le Nobel. Après avoir longtemps régné sur la république des lettres (chroniqueur au Monde et à L’Obs, éditeur influent chez Gallimard), il a fini par être peu à peu occulté. Ces dernières années, plus personne ne lisait ses nouveautés, à l’exception peut-être d’Agent secret (2021), pour lequel il avait joui d’un regain d’intérêt dans le micromilieu des écrivains. Sa mort, le 5 mai dernier, a suscité relativement peu de réactions. Gallimard lui consacre aujourd’hui un livre hommage où l’on retrouve tous ses fidèles alliés et héritiers (Bernard-Henri Lévy, Josyane Savigneau, Yannick Haenel). S’il donne de Sollers l’image d’un homme libre, amusant et chaleureux, il nous conforte dans cette idée : n’a-t-il pas mis son talent dans sa vie plus que dans son œuvre ?

Rappelons en deux mots quelle fut la légende dorée de Sollers. Né en 1936, il perce dès 1958 avec Une curieuse solitude, un premier roman salué à la fois par Mauriac et Aragon. Prix Médicis à 25 ans pour Le Parc, il se perd ensuite intellectuellement dans le maoïsme et littérairement dans une expérimentation fumeuse – ce qui n’empêche pas Roland Barthes de le célébrer en 1979 via son essai Sollers écrivain. L’enfant terrible des lettres s’institutionnalise en 1983 : il entre chez Gallimard (qu’il surnomme la “banque centrale”), à la fois comme directeur de collection (L’Infini) et comme auteur (Femmes).

Homme insaisissable, à la fois provocateur et prudent, raffiné et florentin, il publiera de nombreux dandys (Bernard Lamarche-Vadel, Frédéric Berthet, Jean-Jacques Schuhl) et deux écrivains désormais maudits (Gabriel Matzneff, Marc-Edouard Nabe). Sa carrière d’éditeur n’ira pas sans brouilles, la plus fracassante étant sa rupture avec Philippe Muray. Comme écrivain, si ses romans d’esthète nietzschéen sont répétitifs, complaisants et creux, il brille par la justesse de ses admirations et son érudition, ainsi que le prouvent ses recueils d’articles La Guerre du goût, Eloge de l’infini et Discours parfait (moins Fugues).Ajoutons que cet animal médiatique crevait l’écran, ce qui l’a sans doute desservi autant que servi – Sollers avait beau aduler Guy Debord, le gourou du situationnisme le considérait en retour comme un “arriviste”, un “paon” et même une “merde” (mots employés dans une lettre à François Bott datée du 4 février 1991)…

“Pour vivre cachés, vivons heureux”

Dans Hommage à Philippe Sollers, plusieurs de ses proches dont Jean-Paul Enthoven citent sa devise (forgée par un léger détournement comme il les appréciait) : “Pour vivre cachés, vivons heureux.” Le jeune Sollers avait rencontré Dominique Rolin en 1958, avant d’épouser Julia Kristeva, en 1967. Un amour clandestin, un mariage officiel : pendant des décennies, cet homme de passions fixes aura mené une double vie, allant chaque année à l’île de Ré avec Kristeva et à Venise avec Rolin. Cela lui faisait un sérieux point commun avec François Mitterrand, son double en politique.

Une autre parenté entre ces deux stratèges est qu’on ne savait pas si Sollers était de droite ou de gauche. Faux mondain, vrai solitaire, ce grand dissimulateur avançait masqué, éclairant ses écrits de son gai savoir et son quotidien de son allégresse, se taisant sur le reste, et notamment sur ses moments de mélancolie. On trouve dans Hommage à Philippe Sollers un texte de Frédéric Beigbeder qui se termine par ces mots : “Philippe Sollers raconte l’histoire d’un homme qui prend son apocalypse pour une généralité ; et le pire est qu’il n’a peut-être pas tort : la mort de Sollers coïncide peut-être avec la fin du monde.” Un brin excessif, certes ; disons plutôt qu’avec sa disparition s’efface une certaine idée de la vie littéraire.

Hommage à Philippe Sollers, ouvrage collectif. Gallimard, 144 p., 12 €.




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