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Polémique Guillaume Meurice : laissez Desproges tranquille


Connaissez-vous le “point Desproges” ? Il a été atteint peu après la “blague” polémique du chroniqueur de France Inter Guillaume Meurice, qui a comparé à l’antenne le 29 octobre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à une “sorte de nazi, mais sans prépuce”. Des propos pour lesquels l’Arcom a été saisie.

Ses contempteurs, outrés par une telle comparaison quelques semaines seulement après l’attaque sanglante du Hamas contre Israël et alors que les actes antisémites explosent en France, lui ont aussitôt opposé sur les réseaux sociaux le fameux “on me dit que des juifs se sont glissés dans la salle ? Vous pouvez rester” ; cette phrase signée Pierre Desproges se voulant un révélateur du gouffre séparant l’humour noir de la bouillie mesquine (voire, pour certains, de l’antisémitisme). Sur CNews, l’ancien ministre Philippe de Villiers est même allé jusqu’à dire que “Guillaume Meurice est à Desproges ce que Mathilde Panot est à Marguerite Yourcenar”.

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Oui, Desproges est partout, jusque dans les tweets en soutien à Guillaume Meurice, qui ne cessent depuis le 29 octobre de citer le maître de l’humour grinçant pour sous-entendre qu’en 2023, la parole ne serait plus aussi libre qu’elle ne l’était quelques décennies plus tôt.

Comme pour le point Godwin, qui désigne ce moment de la discussion où l’un des interlocuteurs en réfère au nazisme, Hitler ou la Shoah pour disqualifier l’argumentaire adverse (c’est au fond ce qu’a fait Guillaume Meurice dans son sketch), lorsque le point Desproges est atteint, c’est le signe que le débat est devenu stérile et, bien souvent, qu’il est en train de dévier de son sujet…

De la différence entre discours et humour

En réalité, le cas Meurice n’est ni symptomatique d’une déliquescence du niveau de l’humour au XXIe siècle (certains continuent à exercer cet art avec brio) ou même de l’omniprésence des humoristes dans les médias (tenter de faire rire malgré l’actualité, n’est-ce pas cela, l’esprit Charlie ?). Il est encore moins un débat sur le principe de liberté d’expression, contrairement à ce qu’a sous-entendu la productrice et animatrice de l’émission du Grand dimanche soir Charline Vanhoenacker dans un mot publié sur X, dans lequel elle a réitéré son “engagement à défendre la liberté d’expression”, et dit préférer “prendre le risque d’une maladresse plutôt que la censure”.

S’en tenir à l’une comme l’autre de ces lectures en les adossant au nom de Desproges, c’est ne voir dans la sortie du chroniqueur au pire, qu’un manque de talent (et de courage), et au mieux, un malheureux “dérapage”.

Le dérapage implique une sortie de route. Or les mots de Guillaume Meurice sont en parfaite cohérence avec la ligne idéologique qu’il affiche depuis des années. Dès 2014, sous une photo postée sur X montrant une sorte de tunnel gonflable intitulé “le côlon géant”, l’humoriste commentait : “une bien belle animation sur la politique de l’État d’Israël”. En 2022, il écrivait encore sur X “Le saviez-vous ? En Israël, le viol est interdit. Sauf s’il concerne les résolutions de l’ONU. #Gaza”. Plus largement, Guillaume Meurice n’a jamais caché ses convictions de gauche et à fortiori, sa détestation de l’extrême droite – vers laquelle penche le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Nul hasard, donc, si au lieu de s’excuser, le chroniqueur a préféré prendre au mot le député RN Thomas Ménagé qui, au micro de France inter, a qualifié ses propos d’”antisémites”. “Toujours intéressant d’avoir l’avis sur l’antisémitisme d’un représentant d’un parti créé par des SS”, a-t-il commenté sur X. Il faudra ainsi se contenter du mea culpa tacite de la directrice de France Inter Adèle Van Reeth, qui a déclaré que “cette phrase n’est en aucune façon représentative du travail quotidien de la rédaction de France Inter”. Lundi 6 octobre, l’humoriste a annoncé à l’AFP avoir reçu un “avertissement” de la direction de Radio France qu’il va “contester en justice”.

C’est sans doute la plus grande différence avec Desproges : l’un faisait de l’humour, l’autre porte un discours.




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