Mariage : pourquoi les Français préfèrent prendre leur temps


Quand Emma épouse Charles Bovary, elle bénéficie encore de “la fraîcheur de ses dix-huit ans”, lui, a à peine plus de 23 ans. Chloé et Colin, les héros de L’Ecume des jours de Boris Vian, publié quatre-vingt-onze ans après le chef-d’oeuvre de Flaubert, se disent oui alors qu’ils approchent des 23 ans. Dans La Femme gelée, publiée en 1981, Annie Ernaux traîne son spleen dans la France des années 1960 : peu après avoir rencontré son futur mari lors de ses études, elle se marie, poussée par la pression sociale. Elle aura deux enfants avant d’avoir 30 ans. Quarante-deux ans plus tard, ces histoires sont l’exception, plus la norme.

D’après les statistiques de l’Insee, les Français convolent de plus en plus tard – quand ils choisissent de se marier. En 1996, une femme se mariait en moyenne à 30 ans ; un homme, à environ 33 ans. En 2022, l’âge moyen lors de l’union avoisinait plutôt les 37 ans pour les femmes et les 40 ans pour les hommes (37,2 et 39,6 ans), selon les dernières données publiées en janvier 2023 par l’Insee. Les unions de personnes de même sexe sont en général plus âgées : 38 ans chez les couples de femmes et 44 ans chez les hommes. En près de trente ans, l’âge moyen des mariages hétérosexuels a donc reculé d’une dizaine d’années. Un bond spectaculaire qui s’explique par des changements sociologiques, économiques et sociétaux. Ce sont en premier lieu les mariages de 20 à 24 ans qui tendent à disparaître. En 1946, ils étaient la norme, les femmes convolant à cet âge-là formaient une cohorte aussi importante que l’ensemble des autres femmes mariées cette année-là. En 1994, elles représentaient encore 1 femme qui se marie sur 3. En 2021, seulement 1 femme qui se marie sur 8 a moins de 25 ans.

Se marier après ses études

Une autre donnée pèse grandement dans la moyenne d’âge des mariés. “Cette statistique réunit les âges moyens tous mariages confondus, y compris les remariages, qui sont composés de personnes plus âgées que les premières unions”, détaille Florence Maillochon, directrice de recherche au CNRS, sociologue, spécialisée dans l’étude des relations interpersonnelles. Quand Hugues Aufray, 94 ans, se remarie, il oriente naturellement les statistiques. Après un pic au début des années 2000, le nombre de divorce prononcé par un juge s’est stabilisé autour de 120 000 par an, jusqu’à ce que l’arrivée du divorce par consentement mutuel le fasse chuter à 62 300 en 2020. Les opportunités de se remettre en couple se multiplient. “En moyenne, les Français qui se marient pour la première fois sont un peu plus jeunes : 36 ans pour les hommes et 34 pour les femmes”, poursuit Florence Maillochon.

Dans les années 1960, l’entrée en masse des femmes sur le marché du travail, associé à leur droit de signer un contrat de travail ou d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur conjoint leur a permis d’acquérir une autonomie financière. Le mariage comme nécessité s’est peu à peu effacé. “Le mariage n’est plus le signe du passage d’une famille ou d’une autre, que l’on parle de celle d’origine ou de fonder la sienne”, reprend Florence Maillochon. Le paraphe devant le maire, qui constituait pour beaucoup de Français la première marche de la vie d’adulte, a ainsi été peu à peu remplacé par d’autres étapes, comme le premier emménagement seul ou en colocation… Chez les générations nées à partir des années 1970, plus le diplôme est élevé, plus les chances que le mariage intervienne tard sont multipliées.

Même âge de mise en couple

Comme le remarque dans un article sur l’évolution du couple le sociologue Arnaud Régnier-Loilier, “les “mariages directs”, c’est-à-dire concomitants avec le début de la vie commune, sont devenus rares (1 sur 10 pour les mariages célébrés en 2012-2013) alors qu’ils représentaient près de 9 mariages sur 10 au début des années 1970″. La plupart du temps, les Français ne se marient plus avec leur premier partenaire sexuel.

La libération des moeurs intervenue dans les années 1970 a entraîné un relâchement de la pression sociale autour du mariage et du célibat. “Il est devenu peu à peu acceptable socialement de rester célibataire de plus en plus tard”, note Nicolas Belliot, maître de conférences à l’université de Bordeaux, spécialiste de la démographie de la famille et des unions. “Après avoir augmenté jusqu’aux années 1990, l’âge de la première mise en couple n’a pas trop varié, mais s’est diversifié : on connaît davantage d’unions au cours de sa vie, avec des durées plus limitées, quand, auparavant, on restait seulement avec une personne”, décrit Laurent Toulemon, directeur de recherche à l’Ined.

Très chers mariages

Ces métamorphoses du couple ont été accompagnées par celle de la loi. L’arrivée en 1999 du pacte civil de solidarité (Pacs), permettant aux personnes de même sexe de bénéficier d’une union civile, a également trouvé de l’attrait aux yeux des couples hétérosexuels. En 2020, année de l’apparition du Covid-19 et des cérémonies réduites, le nombre de Pacs a même dépassé celui des mariages célébrés. Permettant de fusionner les foyers fiscaux, cette union civile permet aux couples de bénéficier d’une partie des avantages du mariage.

Après la cohabitation, les enfants – 63 % des nouveau-nés français le sont désormais hors mariage -, les couples peuvent pourtant choisir de convoler en justes noces. Et cette union n’est pas qu’un signal social. Pension de réversion, allocation-chômage dans certains cas, solidification de la succession… “Le mariage arrive à une étape de la vie où les personnes réfléchissent à leur avenir, leur héritage, reprend le chercheur. Cette union offre une sécurité qui n’est pas aujourd’hui fournie par le Pacs.”

Encore aujourd’hui, le mariage est aussi un signal social : il sert à montrer un engagement formel, quand le Pacs est encore majoritairement vu comme un arrangement fiscal. “D’une manière générale, il est davantage perçu comme un acte privé, quand le mariage est un acte public, réalisé à l’attention du couple mais aussi de son entourage”, explicite Florence Maillochon. Dans une société où le mariage n’est plus payé par les parents des futurs conjoints, se dire “oui” plus tard, c’est le faire avec potentiellement plus de pouvoir d’achat. Il en faut pour célébrer cet amour : selon Stéphane Seban, l’organisateur du Salon du mariage, le prix moyen d’une célébration de 100 personnes oscillait entre 12 400 et 13 700 euros en 2022.




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